Heroes of the Argonne

Auteur : Charles B. Hoyt

Traduction Marie-France Ganansia.

Le courage des hommes du Kansas fut vraiment mis à l'épreuve pour la première fois le 20 juillet. La compagnie C du 137ème régiment d'infanterie organisa un raid sur Landersbach et revint avec des lauriers et cinq prisonniers allemands.
Après que les ordres aient été donnés pour le raid, les quarante hommes de la compagnie C qui s'étaient portés volontaires et les 160 hommes des autres compagnies du régiment, furent retirés des tranchées le 15 juillet. Le lendemain les volontaires se reposèrent. Les hommes s'entrainèrent à effectuer une série de raids dans des tranchées reproduisant celles qu'ils allaient attaquer. Ils retournèrent le 19 au soir vers les lignes et se préparèrent à leur première expédition au delà du sommet.

Le plan général de l'attaque prévoyait le soutien, pendant l'avance, du flanc droit par une partie de la première section; la deuxième section soutiendrait le flanc gauche et nettoierait les abris et tranchées tout en avançant; une section avancerait vers Landersbach sur deux colonnes, nettoyant les maisons et les caves, et surtout l'usine du village; l'autre groupe quitterait les tranchées près de la route Sondernach-Landersbach, pénétrant les positions ennemies et rejoignant alors le groupe chargé de nettoyer le village.
 
Des fusées vertes seraient utilisées pour signaler le retour des hommes. On établit des liaisons téléphoniques dans une cave à Sondernach et dans un poste se trouvant entre cette cave et l'artillerie. Dix brancardiers américains accompagneraient les groupes de droite et six les groupes de gauche.

Le capitaine Roy Perkins, commandant la compagnie C était chargé de l'attaque. Les 1ère, deuxième et troisième sections de la compagnie étaient massées au sud-ouest de Mattle à 2h00 et la 4ème section se trouvait à Sondernach à la même heure. Durant la nuit du 19 juillet de larges ouvertures furent réalisées dans les rouleaux de barbelés par des équipes.
 
Le sol sur lequel les hommes devaient avancer était difficile. Mattle Field et Mattle Hill, qui s'étendaient dans le creux au delà des tranchées américaines, recevaient des tirs de mitrailleuses provenant des pentes boisées de l'est et du nord-est. On espérait qu'un barrage efficace diminuerait l'effet des tirs ennemis quand les hommes descendraient le long de la pente vers Landersbach.
 
Le barrage d'artillerie américain débuta à 4h04. Les Français actionnaient les mitrailleuses car la sixième brigade d'artillerie de campagne était encore en entrainement.
 
Les hommes restaient tapis dans les tranchées, attendant l'heure H, comme ils allaient l'attendre dans les jours à venir dans l'Argonne. Il faisait encore nuit, avec la grisaille et l'humidité de l'aube des Vosges qui s'installait. On pouvait distinguer de tous côtés les formes des hommes accroupis tapissant les tranchées. Les pins et les épicéas qui couvrent les montagnes des Vosges, ajoutaient une touche grotesque à la scène. Certains hommes s'appuyaient de manière nerveuse contre les parois des tranchées, d'autres étaient accroupis et serraient leurs fusils sur leurs genoux.

Le tir de barrage qui devait commencer à 3h30, fut retardé jusqu'à 4h00 de façon à ce qu'il commence à faire jour. Le mot courut le long des lignes de se préparer à avancer quand les premiers coups de canons ébranlèrent les tranchées dans lesquelles les hommes attendaient. Le roulement et le mugissement des 75 français augmentèrent, atteignant de manière destructive les Allemands.

Avant le début de l'avancée, les Allemands ripostèrent de manière régulière et violente. Les tranchées américaines furent pilonnées et balayées par un tir incessant.

Après un tir de barrage de six minutes de 4h04 à 4h10, les trois premières sections de la compagnie réussirent à passer les ouvertures dans les barbelées et commencèrent à avancer face à un ouragan de tir d'artillerie allemande. La quatrième section sous le commandement du Lieutenant Rolf ne quitta pas Sondernach avant 4h29.

Le lieutenant Thess, en charge de la moitié de la première section, ne rencontra que peu d'opposition sur le flanc droit. Il s'aperçut que le tir de barrage américain avait complètement détruit les tranchées et abris. Il découvrit cinq Allemands morts en allant plus près des lignes allemandes. Ils se trouvaient autour d'une mitrailleuse légère fortement endommagée par les tirs.

Le lieutenant Masters, avec la deuxième section, se trouva pris dans le tir de barrage ennemi au début de son avancée. Il progressa avec difficulté et trouva les positions qu'il devait nettoyer remplies de barbelés enchevêtrés.

Il détruisit quelques abris qui d'évidence étaient utilisés comme postes. Il fut obligé de changer son itinéraire et de suivre la route de l'usine de Landersbach parce qu'il était impossible de continuer par Boveaux qui était plein de barbelés et pilonné intensément par l'artillerie ennemie. Le lieutenant Scott avec la troisième section et la moitié de la première, franchit les ouvertures dans les barbelés ennemis sans rencontrer d'opposition importante. Il repéra un groupe d'Allemands dévalant la pente sur la colline et il captura cinq d'entre eux.

Le lieutenant Perkins prit les soldats sous son commandement et ordonna au lieutenant Scott de retourner vers les lignes américaines avec ses prisonniers.

À mi-descente, les hommes trouvèrent quelques petits abris. Les corps de sept Allemands s'y trouvaient. Les abris avaient été presque complètement détruits. Le capitaine Perkins alla jusqu'à la carrière qui était désaffectée depuis 1914 à cause de la guerre. Il ne trouva pas de troupes dans la carrière ni dans les bâtiments sur la route de Landersbach. Un Allemand mort fut trouvé dans l'entrée d'une cave.

Le lieutenant Rolf et sa section, fouillèrent les abris et les bâtiments sur le côté gauche de la route. Les hommes les incendièrent pendant qu'ils avançaient. Trois Allemands morts furent trouvés près des abris. Le lieutenant Rolf et le capitaine Perkins et leurs sections se rejoignirent à Landersbach dans la vieille usine. On apprit que le lieutenant Masters avec la deuxième section, était déjà retourné à Sondernach. Le capitaine Perkins et le lieutenant Rolf retournèrent jusqu'aux lignes américaines, où ils arrivèrent à 4h49.

Les tirs les plus importants pendant le raid avaient été tirés des pentes boisées à l'est et au nord-est de Landersbach. Les Américains avaient subi un tir continu de mitrailleuses sur Mattle Field et sur Mattle Hill.

Le lieutenant C. Thomas Hopkins, le premier homme de Wichita qui sera tué avec la 35ème Division en France, qui, avec le 139ème régiment d'Infanterie, était entrée dans les tranchées la nuit du raid pendant le tir de barrage, avait vu un des hommes du lieutenant Rolf, blessé et prisonnier des barbelés. Il se porta au secours de cet homme sous le feu direct d'une mitrailleuse ennemie et fut lui-même blessé. Le sergent Jackson Walker et un soldat de la compagnie G du 139ème régiment d'infanterie, les secoururent tous les deux.

Il y eu trois tués pendant le raid et douze blessés, trois sérieusement et neuf légèrement. Le soldat George W. Holm fut le premier soldat tué. Dix heures après le raid, le capitaine Perkins alla jusqu'aux lignes allemandes, trouva les corps des deux soldats et les ramena dans la partie américaine pour les y enterrer.
 
Onze hommes furent cités :

Le lt Hopkins, Wichita ; le cpt Roy Perkins, Salina ; Les lts Emil Rola, Paul Masters, Louis Scott, Walter Kirkpatrick et Arthur Tess ; le sergent Walker et les soldats Carl Turner, Earl Sullivan et Earl Brusser. Le raid s'était soldé par cinq prisonniers Allemands et dix-neuf tués.
 
Non moins efficace et non moins bien conduit fut le raid sur le Hilsenfirst de la compagnie H du 138ème régiment d'infanterie. Des préparations identiques furent effectuées avec entrainement dans des tranchées similaires à celles qui allaient être attaquées. Les hommes furent retirés des tranchées cinq jours avant le raid et largement familiarisés avec les obstacles sur le terrain et la résistance qu'ils devaient s'attendre à rencontrer.

La préparation d'artillerie pour le raid du 6 juillet fut beaucoup plus longue que ne l'avait été celle des hommes du Kansas.
Les batteries américaines tonnèrent en direction des Allemands, ouvrant la voie à travers les barbelés enchevêtrés. Les Allemands répondirent de leur mieux et le tir de barrage au travers duquel les hommes du Missouri trouvèrent leur chemin était dense et rapide.
Les Américains portaient des casques peints en blanc ou entourés d'une bande blanche pour éviter de prendre leurs propres soldats pour des soldats ennemis. Les soldats portaient de grands mouchoirs blancs autour du cou. Un quart des hommes environ avait des fusils, le reste avait des pistolets. Un homme sur quatre avait quatre grenades incendiaires et fumigènes, et chaque soldat possédait six grenades O.F. Chaque groupe avait un fusil automatique pour la protection des détachements de nettoyage pendant leur retraite.
Contrairement à ce qui s'était passé pour l'attaque du 137ème d'infanterie, l'heure H pour les hommes du Missouri se situa au moment où les montagnes des Vosges s'assombrissaient. Du point de vue du soldat, le soir se prête mieux à ce genre d'opération. La silhouette des étendues nues du Hilsenfirst aurait paru aussi décharnée et laide à la lumière de l'aube qu'elle paraissait au crépuscule, mais les soldats avaient un goût différent dans la bouche. Ils n'étaient pas épuisés par une nuit d'attente sans sommeil et ils ne ressentaient pas dans leurs os ce pincement du matin  qui augmente la terreur de l'heure H.
Quand le bombardement commença à 7h45, les hommes se trouvaient dans les abris de l'Hilsenfirst. À 8h05, on leur ordonna de sortir en direction de la ligne de front, où ils se tapirent avec leurs fusils serrés contre eux, attendant l'heure H. À 8h30, le signal de départ courut le long de la ligne de front et la progression commença.
Le lieutenant Leahy commandait le raid. La nuit précédente, les éclaireurs avaient coupé des brèches à travers les enchevêtrements de barbelés et la progression des hommes se fit à travers ces brèches. Le flanc droit était protégé par le lieutenant Leary, tandis que les lieutenants Oliver W. Spencer et William Sweeney étaient à la tête de sections séparées.
Sur le flanc gauche, le lieutenant William Bryan commandait une section, et le lieutenant John Mitchell suivait avec une équipe de nettoyeurs. Le sergent George von Land commandait une demi-section sur le flanc du lieutenant Bryan.
Les tranchées communicantes des Allemands s'étendaient comme les ailes déployées d'un aigle sur la crête de l'Hilsenfirst. En partant du sommet elles se rejoignaient progressivement à mi-pente formant une pointe.
Suivant le tir de barrage qui avançait lentement, les hommes du Missouri progressaient calmement. Le lieutenant Bryan rencontra une faible résistance sur l'aile gauche jusqu'à ce qu'il arrive près du sommet et du point de jonction des deux tranchées communicantes.
Là, une mitrailleuse allemande lui tira dessus et il dût se mettre à l'abri. Le sergent Peter G. Errett se hasarda au dehors avec trois hommes pour lui porter secours, et, en rampant jusqu'au nid de mitrailleuses ils réussirent à réduire la mitrailleuse au silence avec des pistolets et des grenades à main.
La progression se poursuivait sous une symphonie de tirs de mitrailleuses. Le lieutenant Sweeney derrière le lieutenant Spencer sur l'aile droite, déblaya tout, mais le groupe de tête essuya les tirs croisés d'importants nids de mitrailleuses. Les soldats bombardaient les abris tout en progressant, ils atteignirent leur objectif en dessous du point de jonction des tranchées communicantes sans grosses pertes et ils s'en retournèrent en compagnie du lieutenant Bryan.
Le lieutenant Mitchell sur les talons des autres avec les nettoyeurs, nettoya les abris. Aucun des Allemands qu'il rencontra ne semblait vouloir être fait prisonnier, aussi il n'insista pas.
Quatre soldats du Missouri furent tués et dix-huit blessés pendant l'attaque. Vingt Allemands furent tués et laissés en arrière des lignes et sept furent faits prisonniers.
Dix neufs hommes reçurent une citation...
 
La valeur de la formation que les hommes de chaque branche de la division reçut dans les Vosges tient plus au goût de la guerre qu'ils en eurent qu'aux bénéfices réels de cette formation. En effet, ce que l'infanterie avait apprit de la guerre des tranchées ne lui servit en rien pour les tactiques de la guerre ouverte en Argonne ; ce que l'artillerie avait apprit sur le positionnement des canons devrait être oublié dans les jours à venir ; la même chose pour les médecins et les transmissions.
L'importance de l'entrainement reçu dans le secteur des Vosges fut aussi qu'il offrit à la 35ème les conditions sous lesquelles on doit conduire une guerre. Pas de duvets ni de gauffres pour le petit déjeuner L'esprit des civils, même après une année d'entrainement ne s'adapte pas facilement aux exigences du combat. La vie dans les Vosges aida à mettre un accent sur ces nécessités de la guerre.
Enfin, les soldats comprirent la dure réalité de la guerre, avec la mort de leurs camarades. On pouvait compter dix-neuf petites tombes, quand la 35ème se retira des tranchées des Vosges. Une grande partie de ces morts provenait de maladies ou accidents mais un certain nombre d'entre elles était survenu pendant la vie dans les tranchées ou pendant les raids. On pouvait trouver les croix qui marquaient ces tombes éparpillées dans les nombreux cimetières des petits villages.
Après l'Argonne, les soldats connurent les pays montagneux de la France du sud et trouvèrent là plus un pays de paix que de guerre. Les fermes étaient intactes ; les champs produisait leur moisson annuelle ; toutes choses que le soldat verra rarement plus tard. La France septentrionale avait payé plus qu'aucune autre partie du pays.
Les paysans étaient apparus aux soldats comme vivant dans un pays en paix, le murmure des usines de lin, au bord des ruisseaux en Alsace, semblait un murmure de paix ; les filles dans les villages, les vieillards, tous avec leurs sabots qui claquaient comme ceux d'une troupe de cavaliers bruyants-en comparaison avec les jours passés en Argonne, rien de tout cela ne pouvait plus ressembler à la paix.