From Vauquois Hill to Exermont : A History of the Thirty-five Division of the United States Army

Auteur : Clair KENAMORE

Traduction Marie-France Ganansia.

Attaque des tranchées à l 'Hilsenfirst

Les Américains passèrent d'un secteur calme des Vosges (NDT Kruth Wesserling Gérardmer) à un secteur assez animé. Il fallait entraîner les hommes, les bataillons allaient subir des pertes ; il fallait essayer des tactiques, et les nerfs allaient être mis à l'épreuve. Comment allaient-ils faire tout cela?

Le 6 juillet 1918, les hommes de la 35ème Division connurent un baptême du feu victorieux. Ce fut une glorieuse attaque de tranchées menée par 250 hommes, et tout concourut à donner à la scène une grandeur impressionnante. Je n'avais jamais vu sur la ligne du front qui va de la Suisse à la mer, un champ de bataille qui se prêtat plus magnifiquement aux fastes du combat.

Cela se passait dans les Hautes Vosges, cette terre céleste où le destin avait conduit la division. L'existence bizarrement détachée que nous avions menée jusque là dans les hautes collines avait rendu notre vie irréelle sur beaucoup de plans, un grondement nonchalant d'artillerie occasionnel ou le crépitement brutal d'une mitrailleuse étant les choses les plus habituelles et importantes qui pouvaient survenir. Nous étions décalés sur le plan existentiel par rapport aux autres. Le lien avec les hommes se faisait grâce aux câbles du funiculaire ou grâce aux camions et ambulances qui quelques fois serpentaient jusqu'au sommet.

Des zones de forêt s'étendaient sur les montagnes. Les pins, les épicéas et les sapins se dressaient droits comme des flèches, parfois jusqu'à 30 mètres. La montagne descendait en forte pente à partir du sommet, parfois avec un précipice, et se terminait en une gorge loin en bas. Parfois, le versant de la montagne permettait un pâturage pentu. La région était semblable aux montagnes où Kim avait suivi son lama.

Des tempêtes de pluie éclataient rapidement et finissaient tout aussi rapidement. Après ces tempêtes, quelques nuages floconneux filaient dans un ciel d'un bleu parfait et le chaud soleil envahissait toute cette belle terre. D'autres jours, il y avait un ciel d'un bleu intense avec le soleil brûlant des hautes altitudes. D'autres jours encore, de nombreux nuages blancs se heurtaient aux montagnes et flottaient en brume sur les sommets.

Quand il y avait des nuages à l'ouest et un ciel clair au dessus de nos montagnes, le coucher du soleil rivalisait avec ceux d'Arizona, d'Italie ou d'Alaska.

Des tranchées jumelles couraient sur le sommet aride et morne de l'Hilsenfirst. La montagne était tenue par moitié par les deux armées opposées. De notre côté, les tranchées de communication sur la pente ouest se perdaient dans une forêt un peu au dessous du sommet. Du côté allemand, la montagne était nue et la pente plongeait brusquement vers la seconde tranchée qui s'étalait sur la corniche qui relie l'Hilsenfirst au Steinmauer. Le Steinmauer, une autre haute montagne, était tenue en force par l'ennemi. De chaque côté de la corniche qui reliait l'Hilsenfirst au Steinmauer, les prés tombaient de manière brutale vers les vallées et au sud se trouvait la ville agréable de Lautenbach, alors qu'au nord on pouvait voir les villages de Colmar, Blankerstan et Muelbach. A l'est du Steinmauer se trouvait la vallée du Rhin. On pouvait apercevoir l'Hilsenfirst à partir de toutes ces villes vides sauf pour quelques personnes âgées qui y demeuraient encore. Ce sommet de l'Hilsenfirst était comme une grande scène de théâtre faisant face aux Allemands. On y avait peut être prévu un spectacle gigantesque auquel allaient assister les collines alentours.

Le 6 juillet 1918, au crépuscule, après un jour sans nuage, le sommet de l'Hilsenfirst fut truffé de ferraille. Toutes les batteries proches le pilonnaient et l'explosion des obus produisait un grondement continu. Les fumées exubérantes des explosifs et des shrapnels se dispersaient en formant des nuages inquiétants, alors que, à travers la poudre et la pagaille de la guerre, deux rangées de soldats marchaient vers le devant de la scène. Réguliers, sûrs et lents, ils avançaient à travers la fumée au delà des barbelés tordus par les obus, à découvert. C'était la compagnie «H» du 138ème Régiment d'infanterie qui représentait la division sur le champ de bataille.

Les batteries françaises à des kilomètres à la ronde, nous envoyèrent alors un tonnerre d'applaudissements (NDT les troupes américaines étaient soutenues par l'artillerie française. L'artillerie américaine n'arrivera dans les Vosges que le 14 août). Pleins de rage et de haine, les canons allemands pilonnèrent la crête et l'air siffla du sifflement dédaigneux des mitrailleuses.

Le spectacle avait commencé. Les canons représentaient l'orchestre, le ciel était la voûte de l'avant-scène, et nos acteurs devaient avancer vers le devant de la scène, passer les feux de la rampe représentés par les obus qui éclataient, et jouer leur rôle le long des deux allées, les tranchées communicantes ennemies.

Il n'a pas été donné à beaucoup de voir ce spectacle de bravoure. Quelques vingtaines d'artilleurs allemands occupaient les fauteuils d'orchestre, quelques douzaines d'observateurs allemands se trouvaient au balcon sur le versant du Steinmauer, plusieurs centaines de soldats allemands étaient dans les abris du bas de la corniche reliant les deux montagnes, et dans les coulisses, les Américains cachés dans l'herbe ou les barbelés regardaient leurs camarades se mettre en route avec entrain. Sur les sommets des montagnes à des kilomètres alentours, d'autres Américains regardaient l'artillerie qui s'embrasait comme un feu d'artifice, rivalisait et finalement éclipsait le somptueux coucher du soleil.

La compagnie H avait été sortie du rang cinq jours avant l'attaque et emmenée vers une pente très protégée plusieurs kilomètres à l'arrière. Un système de tranchées reproduisant le plus possible celui qui devait être attaqué, avait été construit. Le génie avait construit les tranchées d'entraînement d'après des photos aériennes. Là bas , l'attaque avait été répétée sous le commandement du lieutenant William H. Leahy qui devait la conduire aujourd'hui, et des lieutenants qui devaient l'assister.

Les répétitions et l'attaque elle-même étaient sous la direction générale du commandant Comfort qui commandait le bataillon. Le Colonel McMahon commandait le régiment.

Les objectifs de l'attaque étaient de faire des prisonniers et de prendre du matériel pour identifier les unités adverses, de vaincre toute résistance et d'établir notre suprématie, de détruire les abris et défenses ennemis et de retourner vers nos lignes.

Du côté allemand, des deux côtés du sommet, des tranchées communicantes conduisaient de la ligne de front vers l'arrière pour se joindre en formant un V, à environ 700 mètres en bas du côté escarpé de la montagne. On savait que dans la partie centrale du V, le long des deux branches, se trouvaient des abris allemands, des points forts et peut être des dépôts.

Il y eut une préparation d'artillerie de 45 minutes d'une ampleur et d'une efficacité que je ne pensais pas possible dans ces montagnes.

Comment tous ces canons qui ouvrirent le feu le 6 juillet à 7h45 furent-ils hissés en haut des montagnes dans des positions telles qu'ils avaient en ligne de mire l' Hilsenfirst ? Cela reste encore un mystère pour moi. Ils ouvrirent le feu en arrière de la ligne de front avec un grondement et presque en même temps arriva le fracas de leurs obus tombant sur les positions allemandes devant nous. Ils pilonnèrent les endroits où nos troupes devaient pénétrer, les explosifs ouvrant de grandes voies à travers les enchevêtrements de barbelés, et à la fin de la préparation ils se mirent à tirer plus haut sur les positions des batteries ennemies afin de réduire au maximum leur tir.

Nos mitrailleuses couinèrent du début du bombardement jusqu'à la fin de l'attaque. Nous utilisions le St. Etienne français (appelé familièrement Folie Anne), mais quelque soit le canon ou le champ de bataille, il n'y avait pas de meilleures troupes que nos bataillons de mitrailleurs du vieux Second Missouri, ou nos compagnies de mitrailleurs qui accompagnaient l'infanterie.

Ils jouaient bien leur rôle, ces mitrailleurs qui sont les enfants terribles de la guerre. Pendant un bombardement, tout le monde va aux abris sauf les mitrailleurs. Même ceux qui doivent attaquer bientôt s'abritent en attendant l'heure “zéro”, mais les mitrailleurs restent dans leurs positions dangereuses, à découvert, et ils envoient leur pluie malfaisante aux endroits indiqués par les ordres reçus.

Les canons allemands n'attendirent pas longtemps pour répondre à notre artillerie. Leurs tirs visaient le sommet de l'Hilsenfirst car les officiers allemands savaient d'après la préparation, que c'était l'endroit où les attaquants traverseraient. Nos hommes avaient été amenés au sommet de l'Hilsenfirst avant le début du bombardement, et mis dans les abris. À 20h15 ils avaient été conduits par les lieutenants vers les tranchées de la ligne de front, un lieu de terreur intense, pour s'y tapir jusqu'à l'heure “zéro”.

Ce moment là fut, de tous les moments, le plus difficile. Une multitude de canons allemands bombardaient le sommet de la montagne et les soldats n' avaient pas la protection d'un toit d'abri au dessus d'eux. Des obus énormes passaient en trombes au dessus d'eux avec le sifflement d'un express, des centaines d'autres obus explosaient juste devant eux au delà des barbelés. Il y avait le sifflement constant des balles des mitrailleuses, et, presque aussi terrifiant, le grondement constant du canon et des obus. Chaque officier et soldat savait que dès qu'il sortirait de la tranchée, il se trouverait face à ce déluge de feu. Toutes les montres avaient été synchronisées, et la tension augmentait alors que l'aiguille se rapprochait de l'heure de l'attaque. Un homme qui regardait le cadran de sa montre pendant les dernières minutes avant l'attaque, le vit disparaître deux fois sous la terre projetée par un obus . Tout homme au sommet ce soir là, savait vers quel danger il allait.

Pendant que les hommes attendaient, trois avions français, volant bas, et semblant indifférents à la pluie d'obus, sortirent comme des aigles de guerre de leurs nids à l'arrière dans nos montagnes, et, volant tout droit avec assurance, passèrent au dessus de la crête du Steinmauer, continuèrent au dessus des positions des batteries allemandes et au delà vers les vallées. Nos hommes qui attendaient le combat acclamèrent les aviateurs à travers la fumée et le fracas des bombes.

Le lieutenant John Moll et ses éclaireurs qui avaient coupé les barbelés la nuit précédente, montrèrent aux hommes le chemin à travers les brèches, et les soldats partirent au combat. Le lieutenant Leahy commandait l'attaque. Avec lui, sur la branche du V sur notre droite, se trouvaient le 1er lieutenant Oliver W. Spencer et le second lieutenant William F. Sweeny. Sur l'autre branche du V se trouvaient le second lieutenant William S. Bryan avec une section et demie, et le sergent George O. von Land avec une demie section. Le 1er lieutenant John E. Mitchell était à la tête de 22 hommes chargés des opérations de nettoyage.

Le passage entre les barbelés se trouvait à quelques 100 mètres de l'entrée de la tranchée communicante, et les hommes marchèrent sur le haut sommet nu, avec un calme superbe au milieu du tir d'obus et de mitrailleuses. Mis à part l'attente nerveuse sous la tempête de bruit de la canonnade, le dégagement vers le sommet de la montagne balayé par les tirs croisés des mitrailleuses concentrées là et battu par les canons lourds pointés sur lui, fut le temps le plus éprouvant de l'attaque.

Aucun homme ne flancha, ou si cela arriva, la masse de courage de la section dopa le moral de tous, et les hommes avancèrent régulièrement vers le sommet et au delà jusqu'à avoir une vue complète du territoire ennemi et ils descendirent ensuite la pente raide vers leurs objectifs.

Spencer et Mitchell menaient leurs troupes, et derrière eux venaient Leahy et Sweeny. Sur notre gauche Bryan ouvrait la voie avec à côté les hommes de von Land. Les hommes marchaient à travers le torrent de feu comme des vétérans. Certains tombèrent et les brancardiers les ramassèrent et les ramenèrent à l'arrière. L'infanterie continuait à la vitesse fixe convenue, avec un calme et un courage qui n'auraient pu être surpassés par aucune troupe au monde. Ils descendirent la montagne, certains dans la tranchée, d'autres de chaque côté de la tranchée à la surface, alors que toutes les mitrailleuses allemandes qui se trouvaient à portée dirigeaient leurs tirs désespérés sur eux.

Au début de l'attaque, pendant que les soldats descendaient la montagne, les mortiers de tranchées allemandes lancèrent sur les lignes américaines leurs torpilles connues sous le nom de “Cochons Volants”, et les voyageurs admiratifs du Middle West qui se baladaient sur le terrain à découvert regardaient plaisamment ces engins de mort qui fendaient l'air au dessus d'eux.

Comme les hommes se retiraient, je remarquais un jeune type bien qui semblait plein d'émerveillement et d'intérêt pour sa première bataille. Un obus explosa juste devant lui et il tomba. Je ne l'avais jamais vu auparavant et je ne le revis plus jamais, mais à son enterrement le jour suivant, j'appris qu'il s'agissait du soldat Clarence Walker. Nous venions de la même ville et son grand-père avait été sergent-ordonnance dans la compagnie de mon grand-père pendant la guerre de Sécession.

L'objectif de Spencer était les abris qui se trouvaient en dessous de la pointe du V, mais alors qu'il passait près d'un autre groupe d'abris, en descendant, il s'arrêta pour leurs envoyer des grenades, histoire de faire du bon boulot et de tester les munitions de ses soldats.

Mitchell et ses nettoyeurs descendaient à toute vitesse, vigilants.

“Tu t'arrêtes de faire ça ! ”cria Mitchell. "C'est mon objectif. Descends en bas de la montagne là où tu dois être”.

Spencer descendit la montagne, bombarda les abris mais ne fit aucun prisonnier. Les Allemands s'étaient échappés ou bien avaient été tués par l'artillerie. Mitchell se chargea des abris les plus proches et envoya le sergent Michenfelder avec deux hommes pour nettoyer ceux qui se trouvaient au milieu du champ. Il envoya le caporal Omar Carroll avec cinq hommes, y compris le mécanicien William Hand, pour s'occuper des abris plus haut. Mitchell ne fit aucun prisonnier. Tous les Allemands qu'il rencontra se battirent et tous furent tués au pistolet ou à la grenade à main. Caroll et ses hommes eurent beaucoup de chance. Ils firent huit prisonniers et revinrent avec cinq d'entre eux. Un mourut de ses blessures et deux furent tués pendant qu'ils essayaient de s'échapper. Carroll et ses hommes se battirent constamment, et ils tuèrent plus de soldats qu'ils n'en capturèrent.

Mitchell, après s'être occupé des abris dans son secteur, monta là où il avait envoyé le caporal Carroll, mais il laissa sur un abri qui n'avait pas encore été brûlé, le soldat Kohm pour surveiller toute fuite de soldats. Après être tombé sur le caporal Carroll avec son trésor de prisonniers et son butin, le lieutenant Mitchell oublia Kohm qui criait du haut d'un abri fumant, et qui lui demandait s'il devait rester là plus longtemps. Mitchell lui dit de rappliquer, et il s'aperçut alors que Kohm avait une blessure au visage. Kohm refusa toute aide et marcha vers le poste de secours.

Sur l'autre branche du V, la section du Lt. Bryan rencontra une mitrailleuse très active. Bryan ordonna à ses hommes de s'abriter, et il demanda au sergent Errett de faire taire cette arme. Errett pris quelques hommes armés seulement de pistolets et de grenades à main, rampa en avant jusqu'à être à portée de la mitrailleuse et tua les mitrailleurs, fit taire la mitrailleuse avec les grenades à main. Il ne savait pas qu'il était en train de gagner la Croix de Guerre. Après cela Bryan ne rencontra plus de grosses difficultés. Il suivit sa branche du V jusqu'à la jonction avec la branche droite, y trouva Spencer et avec lui commença à remonter la colline.

Pendant la remontée pénible de la montagne, Spencer fit une chose intelligente qui sans aucun doute sauva beaucoup de vies, non seulement dans sa section mais aussi dans d'autres sections. Pendant que Spencer remontait en éclaireur la partie du V qu'il venait de descendre, les Allemands à une distance de deux cents ou trois cents mètres, lancèrent une contre-attaque avec des fusils automatiques. Spencer dit à ses hommes de jeter des grenades fumigènes dans leur direction et cela forma un écran de fumée derrière lequel les Américains se retirèrent. Les pertes furent légères, les Allemands ayant perdu leur cible.

Sweeney rencontra peu de résistance quand il pénétra dans le champ de bataille, mais au retour, alors qu'il commandait l' arrière-garde, il dût repousser avec ses fusils automatiques une contre-attaque menée par des soldats munis eux aussi de fusils automatiques.

L'opération du Hilsenfirst se déroula entièrement sous le commandement du lieutenant Leahy, et son succès fut une preuve de la préparation soigneuse qu'il avait supervisée. À partir du moment où les troupes entrèrent dans le champ de bataille, chaque lieutenant et sa section se comportèrent en unité indépendante, ne recevant plus d'ordre du commandement.

Il faisait encore jour quand l'attaque se termina. Les hommes revinrent au crépuscule avec la lueur du coucher de soleil sur leurs visages crasseux et leurs coeurs pleins de l'exaltation de la bataille. Ils étaient des soldats maintenant, mais pas encore des vétérans qui pouvaient rapidement redevenir calmes après la ferveur intense de la bataille.

Ils remontèrent péniblement la haute colline escarpée avec la démarche régulière et égale d'hommes qui reviennent d'une journée de travail. Les batteries allemandes bombardaient sans cesse le sommet, et faisaient tomber des explosifs et des shrapnels sur les tranchées communicantes allemandes par lesquelles les Américains se retiraient. Les mitrailleuses ennemies tiraient de manière incessante.

La retraite se fit suivant les ordres, sans plan. Les hommes trainaient à l'arrière formant une forte arrière-garde. Les blessés étaient portés par des membres de l'orchestre dont le travail fut loué par tous les officiers et les hommes qui les avaient vus à l'oeuvre. Ces hommes non armés et sans brassards distinctifs, avaient amené leurs brancards sur le champ de bataille, observé le travail de leurs camarades au combat et ramené les blessés sur la pente escarpée. La position d'un homme sans arme sur le champ de bataille est toujours des plus délicates, mais ces musiciens avaient travaillé de manière magnifique.

Tout ce qui pouvait brûler dans les positions allemandes brûlait, alors que les Américains commençaient à remonter la pente. Les abris avaient été détruits avec la minutie que les explosifs et les grenades incendiaires à main permettent. Beaucoup d'hommes remontaient la pente raide avec leurs fusils dans le dos, alors qu'ils se trouvaient encore sous le feu intense des mitrailleuses, et l'arrière-garde de Sweeney avait fort à faire avec la contre-attaque.

Les soldats avaient emporté des couteaux de tranchées prêtés par les Français, de longues dagues avec des poignées en cuivre qui offraient une bonne prise. Sur la lame près de la poignée était gravé “Revanche pour 1870”. Beaucoup de ces couteaux furent “perdus”. Ils étaient pour ainsi dire le souvenir idéal de la guerre, et que peut désirer plus au monde un homme que de ramener à la maison l'arme qu'il portait pendant la bataille ?

Au QG du colonel McMahon, les officiers de la division s'étaient rassemblés pour connaître le résultat de la première action à la quelle la division avait pris part. A côté du chef d'état-major et d'autres membres de la division, il y avait le commandant de la brigade et son staff.

Les hommes qui revenaient du combat durent rendre tous les souvenirs qu'ils avaient récoltés afin que ceux-ci soient examinés par les Services Secrets. Ils leur seraient rendus plus tard. Ces hommes encore remplis de l'éclat et du souffle épique de la bataille, racontèrent aux colonels et aux généraux simplement ce qui venait de se produire et firent des récits pittoresques et enjolivés. Les soldats qui rentraient du combat utilisèrent un langage de soldat et ils parlèrent à leurs chefs comme à des amis ou à des frères. Bien qu'ils semblaient revendiquer fièrement la poudre et le sang qui les maculaient, ils ne montrèrent aucune attitude condescendante envers les officiers de haut rang.

Quatre soldats étaient morts et 18 étaient blessés. Sept prisonniers avaient été ramenés et au moins 25 ennemis avaient été tués et les abris, défenses et communications avaient été détruits. L'attaque était donc un succès.