Les combats de l'Hilsenfirst et l'important rôle de sa cuirasse

Guerre 14/18 : les combats de l'Hilsenfirst
De juin 1915 jusqu'à l'armistice de 1918 et l'important rôle de sa cuirasse

par Paul KAEMMERLEN

A. La prise de l'Hilsenfirst par l'Armée Française remonte au 14 juin 1915

Conformément à l'ordre d'opération lancé par le Général commandant la 66ème D.l. le 10 juin 1915, suite à la contre-attaque sans préparation d'artillerie tentée le 13 juin par l'ennemi et faisant suite aux violentes attaques du 28 mai, et surtout de celle du 29 mai ayant abouti à tuer 15 de nos chasseurs et blessé sérieusement 63 d'entre eux, le 7ème B.C.A., après une préparation très sérieuse de notre artillerie et de nos mitrailleuses de 12 h à 16 h, s'élance à travers le passage du Wüstenrunz. Il est soutenu par deux compagnies du 13ème B.C.A. et l'artillerie de campagne. Le 7ème bataillon pénètre au "Bois inférieur" malgré des pertes sérieuses. Le commandant Helle est blessé. Le bataillon réussit, malgré les contre-attaques ennemies à s'y maintenir. Mais la compagnie d'avant garde Manhes se trouve, le soir, coupée par les Allemands qui ont réussi à réoccuper derrière elle leurs tranchées. Le lieutenant de Rochambeau de l'Etat-Major de la brigade est tué dans la soirée en cherchant à faire une liaison avec les éléments du 7ème bataillon. Alerté, le général de division à 20 h envoie aux 7ème, 13ème et 53ème bataillons l'ordre d'opération pour la journée du 15 juin.
De 12h à 16h bombardement intense par notre artillerie en position dans le secteur et qui est en mesure d'atteindre les objectifs assignés.
A 16 h le 13ème bataillon attaque ; bien soutenu, il arrive en cinq quarts-d'heure à investir tous les ouvrages de l'Hilsenfirst à l'exception de ceux que notre artillerie venait d'anéantir au cours des quatre heures de tir.
A 22 h 15 les instructions de préparations de l'Etat-Major, en vue de l'exploitation des succès du 15 juin arrivent. Dans la matinée les dispositions de manoeuvre sont prises par les unités concernées.
De 13 h à 16 h un nouveau et efficace tir de l'artillerie cloue l'ennemi dans ses tranchées. Continuant son attaque, le 13ème Chasseur s'élance aux sons des "cors de chasse" pour prendre les ouvrages en "U".
A 17 h le 13ème bataillon soutenu par une compagnie du 5ème bataillon venue du Langenfeldkopf, reçoit l'ordre téléphonique de reprendre l'attaque à 18 h. Mais, par suite de retards dans le réapprovisionnement, l'attaque ne peut être reprise qu'à la tombée de la nuit. Malgré tous les efforts, la compagnie Manhes toujours cernée dans le Bois-Inférieur n'arrive pas à être dégagée. Devant cette situation, le général commandant la 66ème D.l. fait appel, pour le 17 juin à deux compagnies d'élite : celle du capitaine Regaud et celle du capitaine Tournade. Après un bombardement intense de 14 h à 18 h, elles arrivent à dégager en une demi-heure la compagnie Manhes. Après une accalmie de deux jours l'attaque recommence le 20 juin. Commencée à l'aube, l'attaque du Hilsenfirst fut menée en deux temps.
Le 20 juin trois compagnies du 13ème B.C.A., après une bonne préparation d'artillerie visant essentiellement le sommet, lancent une opération de contournement par la gauche en empruntant le ravin menant à Landersbach.
Le 53ème B.C.A., de son côté, avec quatre compagnies, amorce un débordement par la droite en direction de la Rims (ruisseau) et du hameau de Hilsen. Après d'intéressantes progressions, l'ordre d'attaque est donné au son du cor de chasse à 6 h du matin. L'ennemi, en terrain découvert au sommet, sérieusement bombardé au lever du jour, commence à perdre pied. Les trois compagnies du 13ème B.C.A. attaquent le Hilsenfirst de face. Les deux autres partant du Hohlerwald où elles avaient sérieusement progressé la veille au soir en terrain couvert, amorcent un mouvement tournant. L'ennemi est ainsi contraint à se replier sur les tranchées de deuxième ligne. Après un combat acharné et de grosses pertes, de part et d'autre, il se retire finalement sur Hilsenebene (1121 m). Le 13ème B.C.A. enlève, en fin d'après-midi du 20 juin, le Hilsenfirst dont il atteint le sommet, qui, avec ses 1270 m d'altitude, domine la région en direction de la vallée de la Lauch et de celle de la Fecht. L'opération lancée parallèlement à partir du 15 juin, et de plus grande envergure, par le groupe des bataillons de Chasseurs : 27ème B.C.A., 28ème B.C.A., 15ème B.C.A. et deux compagnies du 152ème R.l. permet aux chasseurs de se rendre le 18 juin entièrement maîtres de Braunkopf. C'était le chemin de Metzeral ouvert.
Le 22 juin à 17 h la division envoie de nouvelles instructions pour la soirée. L'attaque a lieu sur l'ensemble du front par les ailes surtout. Ainsi le 23 juin la gauche de la brigade atteint la rive gauche de la Fecht (vallée de Munster) et du Storckenrunz et fortifie ses positions le lendemain tandis que le 7ème bataillon s'installe à Breitfirst en réserve de division.

B. La reprise de l'Hilsenfirst par l'Armée Allemande

Le 25 juin l'ennemi bombarde à 7 h l'Hilsenfirst. Un bombardement beaucoup plus intense est exécuté de 9 h à 9 h 30. L'attaque lancée contre nos positions se heurte à un tir de barrage intense depuis nos tranchées appuyé violemment par notre artillerie de tous calibres.
A 15 h tout rentre dans le calme. L'ennemi tient encore les lisières boisées du bois de l'Ilienkopf et de la clairière de Mättle et le front devient morne.
Le 30 juin bombardement lent et méthodique de nos positions et plus particulièrement de l'ouvrage en "V" tenu par la 5ème compagnie du 5ème B.C.A. qui subit des pertes sérieuses.
Le 1er juillet bombardement ennemi plus intense que la veille, particulièrement dans la région des "Epaulettes". Il est assez précis pour nous infliger quelques pertes.
Entre 10 h et 11 h bombardement intense avec du 74 - 77 - 105 et 150 à la fois sur le camp "Mautin" et le fond du Wüstenrunz. Ce bombardement très violent sur tout le secteur de l'Hilsenfirst (30 coups par minute) est interrompu à trois reprises. Pendant ces accalmies les Allemands tentent d'attaquer, mais sont arrêtés assez facilement par le feu de l'infanterie.
Vers 16 h hélas, on apprend par un clairon de la 3ème compagnie, que les Allemands viennent d'occuper toute la partie gauche de l'Hilsenfirst ; sont pris, le capitaine plus une partie de la 3ème compagnie et une mitrailleuse. L'agent de liaison, envoyé pour avoir des détails, est reçu à coups de fusil et revient blessé.

LA DEUXIÈME COMPAGNIE EST ENVOYEE A LA RESCOUSSE DE CE QUI RESTE ENCORE DE LA TROISIEME COMPAGNIE.
ELLE NE REVIENT PLUS ET ON ARRIVE A SE RENDRE COMPTE LA NUIT QUE TOUTE LA POSITION DE L'HILSENFIRST EST OCCUPEE EN QUASI TOTALITE PAR L'ENNEMI.

EXPLICATION DE LA PRISE DE L'HILSENFIRST PAR LES ALLEMANDS.
D'après les renseignements reçus de divers côtés le commandant explique de la façon suivante la prise de la 3ème compagnie. Les tranchées affectaient à cet endroit la forme d'un chapeau de gendarme. Le bord convexe tourné vers l'ennemi était l'ancienne tranchée allemande. Elle était réunie à leur position nouvelle par un boyau mal bouché d'ailleurs. Ce boyau a servi à l'attaque allemande. Les Allemands sont vraisemblablement entrés par ce boyau dans la tranchée avancée française dont les défenseurs avaient été tués ou annihilés normalement par le bombardement. L'attaque de là, a filé par la droite française, a avancé par la tranchée même et revenant par un circuit à son point de départ, a pris en revers le reste de la position. Les pertes furent importantes.

C. Le 2 Juillet 1915 reprise de L'hilsenfirst Par LE 5ème B.C.A.

L'ordre est donné de reprendre l'Hilsenfirst à deux compagnies du 15ème bataillon. Elles se creusent pendant la nuit une tranchée parallèle à la crête de l'Hilsenfirst à 80-100 m de la position de départ. Ce sera le point de départ de l'attaque prévue.
De 9 h à 10 h bombardement de l'Hilsenfirst par 60 obus de 220 par notre artillerie.
A partir de 11 h l'ennemi riposte par un bombardement très violent sur nos premières lignes des Epaulettes et l'ouvrage en "V" de l'Hilsenfirst.
Interrompu à 14 h il reprend à 15 h. Il devient extrêmement violent de 19 h à 20 h. L'ennemi essaie de sortie de ses tranchées ; il est immédiatement arrêté par un barrage de notre artillerie et le feu de l'infanterie. Puis le calme renaît. Les deux compagnies du 15ème B.T.N. creusent une nouvelle tranchée parallèle à la crête de l'Hilsenfirst : identique à celle réalisée la veille.
Le 3 juillet notre artillerie refait à partir de 8 h un nouveau bombardement de l'Hilsenfirst, plus intense encore que la veille, tout en arrosant également les positions allemandes, côté Epaulette et ouvrage en "V".
A 11 h la position de l'Hilsenfirst est reprise sans pertes par le 5ème B.C.A., l'ennemi l'ayant abandonnée sous le feu des canons. A 13 h, le fanion du bataillon est planté au sommet de l'Hilsenfirst à 1278 m que nous avons glorieusement repris. L'ennemi riposte, comme la veille, par un bombardement violent interrompu à deux reprises, repris avec plus de violence encore, entre 18 et 19 h. A ce moment l'Allemand tente de sortir de ses tranchées. Le barrage de l'artillerie lourde et le tir intense de notre artillerie de campagne plaque l'ennemi au sol. Le groupe des brancardiers de la 66ème D.l. s'était implanté dans le secteur de la Lauch et de la Fecht. Ce groupe se subdivisa en trois fractions : Lauchensee - Breitfirst et Mittlach dotées chacune d'installations pour "intransportables". Plus en avant du front trois tentes "tortaises", dotées chacune d'un médecin, d'une ambulance pourvue de six infirmiers, de paillasses, couvertures, et, d'un petit matériel pour la préparation des aliments. Le secteur de l'Hilsenfirst était rattaché au relais avancé de Oberlauchen.
Le 3 juillet un bataillon du 152ème R.l. cantonné à Saint-Amarin depuis le 30 juin, mis à la disposition de la 81ème brigade du colonel Gryled, se dirige sur le Markstein - Lauchensee.
Le 4 juillet la compagnie mitrailleuse et la section téléphoniste va au Klinzgrund, secteur de l'Hilsenfirst. Le 15ème B.C.A. est au Langenfeldkopf (1289 m). La cuirasse de l'Hilsenfirst est à présent solidement en place et en mesure de protéger contre toute attaque frontale nos troupes qui, suivant le vallon de la Fecht depuis la source, ont pour objectif d'encercler Sondernach (secteur Landersbach - Metzeral).
Le 5 juillet au matin les 7ème et 13ème B.C.A. arrivent, sans trop de difficultés, à prendre position devant Sondernach.

UNE GRANDE OFFENSIVE SE PREPARE
Dès le 6 les Allemands envoient environ 400 obus de 77 et 105 sur les avant-postes du 1er bataillon du 15/2 qui a trois tués et sept blessés. Les tranchées sont améliorées, des abris sont construits. Le P.C. du 15/2 est au Langenfeldkopf. La 9ème compagnie du 3ème bataillon est en liaison avec le 17ème B.C. A. La 11 ème compagnie en liaison avec le 53ème B.C.A. et la 12ème compagnie tient le "Hilsenfirst". Bombardement intermittent des tranchées par obus de 105 et 130 en direction du Kahlerwasen faisant sept tués et huit blessés.
Le 7 juillet est une journée passée normalement. Bombardements allemands modérés sur le Langenfeldkopf ; 300 obus de 77 et 105 sur l'Hilsenfirst (six blessés).
Les 8 et 9 juillet bombardements de 105 et 130 à 17 h puis de 105 et 150 toutes la matinée et à 18 h 30, reprise entraînant des effondrements d'abris à l'Hilsenfirst et causant en outre trois tués et vingt blessés dont deux officiers.
Le 10 juillet les travaux de réorganisation de la "Cuirasse de l'Hilsenfirst" sont gênés par deux tirs d'une heure chacun, déversant 400 obus de 77, 105 et 150 sur nos lignes et en arrière. En raison du mauvais temps les bombardements faibliront l'après-midi.

D. L'attaque de la clairière De Maettle du 10 Juillet 1915

L'ordre d'opération avait été adressé aux unités intéressées dès le 7 juillet à 14 h sous la référence EM 480/3. Les 8 et 9 juillet sont consacrés aux travaux préparatoires de l'attaque.
Le 10 juillet avec un retard d'une demi-heure, dû au brouillard, le bombardement débute à 3 h 30.

  • L'attaque de gauche, la compagnie Gillon n'arrive pas à déboucher à 6 h. Elle ne débouchera pas plus à 7 h qu'à 7 h 30.
  • L'attaque de droite, par contre, arrive à passer la Fecht et parvient jusqu'aux abords de l'organisation ennemie à la corne Sud de la clairière.

Les officiers de la 3ème compagnie sont tués et l'attaque arrêtée.
A 9 h 30 le lieutenant colonel Tabouis reçoit une note du général de division et, à 10 h un ordre en vertu duquel l'attaque doit reprendre à 17 h 30. Cet ordre est adressé dès 11 h aux 7ème et 13ème B.T.N. avec note sur l'emploi des mitrailleuses.
De 15 h 15 à 15 h 45 l'artillerie ennemie tire sur la compagnie de droite de l'adjudant Morin.
A 15 h 45 l'attaque ennemie sur la compagnie Morin est repoussée.
A 16 h 00 envoi des renseignements écrits sollicités au général de division.
A 17 h 25 tout le dispositif est mis en place.
A 17 h 29 feu intense des mitrailleuses
A 17 h 30 l'ennemi a tiré partout
A 17 h 31 tirs des canons français sur l'ensemble du front ennemi du secteur.

  • Sur la droite la surprise est manquée et la compagnie Gillon n'arrive pas à déboucher. Le feu est arrêté à 17 h 40.
  • Sur la gauche à 17 h 30 l'ennemi lance une contre-attaque sur les cornes de la clairière. Elle est arrêtée.

A 21 h 15 tentative ennemie par le canon et le feu de l'infanterie au même point et au même moment salves nourries de tir sur l'Hilsenfirst et tentatives d'attaques à la fois sur la gauche du sommet et à mi-chemin entre Hilsenfirst et Lerchterwann (alt. 1083,8 m). Toutes les deux sont violemment repoussées grâce surtout à nos tirs de mitrailleuses. Pertes du 13ème bataillon : deux officiers et seize hommes tués, 32 disparus et 47 blessés. C'est l'échec complet pour l'ennemi.
Le 11 juillet à 11 h envoi de l'ordre par l'Etat-Major aux 7ème et 13ème compagnies concernant: "organisation de la tête de pont face à la corne Sud de la clairière de Mättle".
Le 12 juillet à 20 h 30 une contre-attaque ennemie sur la tête de pont est arrêtée net par notre feu avec pertes sérieuses. Le 7ème B.T.N. a un officier tué et quelques hommes hors de combat. Les journées suivantes se passent dans le calme. On s'observe de part et d'autre. Le 13ème bataillon reçoit le 19 juillet à 8 h un ordre préparatoire particulier 55/3 qui est transmis aux 5ème, 7ème et 13ème bataillons. Le 20, l'ordre général est diffusé. Le bombardement, en application de ces instructions, débute à 15 h le 21 juillet. Seules, quelques fractions de la compagnie Gillon, débouchent à 17 h 15 vers la corne Nord de la clairière.
Dès 17 h 17 des coups de feu ennemis partent de tous côtés. L'attaque ne déboucha pas. Elle fut manquée. Heureusement quelques hommes seulement sont hors de combat. C'est l'échec final.

PARRALLELEMENT LA 47ème DIVISION ATTAQUE LE REICHACKERKOPF LE 20 JUILLET
Afin de tromper l'ennemi nos canons de 220 tirent de 8 heures à midi sur l'ouvrage allemand de Steinmauer et les 75 sur les tranchées allemandes du Bois en Brosse. Les Allemands ripostent par un bombardement intermittent de nos positions et le lendemain de celles de 2ème ligne.
Le 22 nous déclenchons une violente cannonade sur notre gauche, ce qui nous amène un tir allemand sur les positions voisines de notre secteur. L'après midi bombardement de nos premières lignes dont le poste d'écoute. Pertes : 1 officier, 1 sous-officier et 2 hommes tués ainsi que de nombreux blessés. Cette situation ne varie guère jusqu'au 8 août où un millier d'obus s'abattent sur nos tranchées de première et deuxième ligne. Après une semaine de pluie et brouillard, le bombardement reprend le 14 août par des obus de 105 et 77 fusant sur les tranchées du deuxième bataillon.
Le 19 août bombardement ennemi par obus et torpilles des positions conquises par nos unités sur le Mättle et celles de l'Hilsenfirst.
Le 20 août et les jours suivants bombardements intermittents des positions de l'Hilsenfirst et échanges de grenades.

E. Les attaques allemandes de notre front de l'Hilsenfirst

L'ennemi, malgré toutes ses tentatives de reprise du terrain conquis, par nos troupes n'ayant pas abouti aux résultats souhaités, décide d'enfoncer le front à hauteur de l'Hilsenfirst. Cette action débute le 23 août au matin, par un échange de grenades avec alternance de tirs d'artillerie. Vers 10 heures les Allemands procèdent à des lancements de grenades à fusil auxquels nos hommes répondent par des tirs de grenades et l'intervention des mitrailleuses. Pendant ce temps le calme relatif règne sur le front alentour. Cela nous permet de relever la première compagnie par la quatrième compagnie à l'Epaulette et au troisième bataillon de travailler activement sur la crête de Mättle pour consolider ses positions. En début d'après-midi l'ennemi, de son côté, consolide son secteur. Vers le soir il bombarde nos lignes sans résultat effectif.
Le 24 août à l'Hilsenfirst bombardement modéré des positions de première ligne pendant la contre-attaque de Mättle. Le soir, une dizaine de 130 et 150 fusent dans le secteur du 3ème bataillon. Reprise du bombardement à 5 h du matin sur l'Hilsenfirst et alentours tandis qu'à la clairière de Mättle l'ennemi procède à une violente contre-attaque à l'aide de liquides enflammés, de grenades et de bombes. L'ennemi est repoussé mais nous comptons : 2 tués et 24 blessés dont 2 officiers. La vie de tranchées à l'Hilsenfirst se poursuit ainsi de la même manière jusqu'au 1er septembre : tirs ennemis de l'artillerie avec alternance de lancements de grenades et bombardements à l'aide de mitrailleuses. Nos troupes se trouvent constamment de jour et de nuit en état d'alerte. Elles sont relevées sur l'Hilsenfirst dans la nuit du 1er au 2 par le 47ème B.C.A. à 1085 et au camp Brun, par le 13ème B.C.A..
Le 10 septembre le régiment du 15/2 dont le drapeau a reçu le 7 septembre du général Serret la croix de guerre pour ses trois citations aux Armées, quitte Saint-Amarin et remonte à l'Hilsenfirst.
Du 11 au 16 septembre rien de spécial à signaler : échange de coups de fusils, de grenades et violents bombardements ennemis de l'Hilsenfirst par intermittences. Un peloton de sapeurs-pionniers-bombardiers est constitué dans nos rangs.
Du 17 au 27 septembre (tiré de l'historique des faits page 8b et 9 - journal N° 2 du 152ème R.I.), malgré le mauvais temps qui commence à faire son apparition, les Allemands cherchent, par tous moyens, à affaiblir dans le secteur de l'Hilsenfirst notre ligne continue de défense. En effet, dès le 17 au matin, ils bombardent l'Hilsenfirst. Entre 14 h et 17 h ils envoient sur l'Epaulette, la pointe Nord de l'Hilsenfirst, et les pentes en arrière, plus de 200 obus de 105 - 130 - 150, blessant plusieurs fantassins. Une soixantaine d'obus de tous calibres tombent sur le secteur de la 10ème compagnie du 152ème sans occasionner de dégâts. Quelques obus de gros calibres tombent en arrière des tranchées (secteur 9ème compagnie) près de la ferme démolie. Douze obus de 77 venant de la direction de Linthal tombent sur le point 400 (12ème Cie). Outre le bombardement, combats à la grenade aux poins les plus rapprochés de la ligne allemande.
Le 19 Torpilles échangées entre les deux fronts le matin. L'après-midi un brouillard épais empêche tout mouvement et toute constatation.
Le soir vers 20 h un bruit de voitures de ravitaillement ennemis s'étant fait entendre secteur Petit Ballon (col 1201 m) notre artillerie envoie quelques rafales de 75. Les tirs et attaques du secteur Hilsenfirst se poursuivent jusqu'au 24 au soir.
Du 25 septembre au 7 octobre mauvais temps, nuits calmes. Bombardements intermittents de l'Hilsenfirst. Echange de grenades sur le secteur tenu par la 3ème Compagnie du 152ème R.l. Nous consolidons nos positions. L'ennemi en profite pour travailler à la construction de gourbis derrière sa première ligne.

F. Mise en place d'une nouvelle stratégie pour l'Armée des vosges

Le 7 août le général de Maud'Huy est nommé commandant de l'armée des Vosges. Il prend ses fonctions le 10 et inspecte sans tarder la ligne de tout le secteur dont il doit assumer le commandement. Cette inspection est d'autant plus délicate qu'elle débute au cours d'une semaine de pluie et de brouillard. Il commence par le secteur Sud : le Sundgau et ensuite le front du Vieil Armand au Grand Ballon. La semaine suivante il visite l'arrière vallée de Guebwiller. La crête des Vosges où il porte un grand intérêt au ravitaillement et aux échelons sanitaires. Il passe une journée pour explorer le Langenfeldkopf et l'Hilsenfirst accompagné de plusieurs officiers supérieurs de son Etat-Major. Le lendemain, suivi de son Etat-Major, il se rend à Mittlach - Heiden - Meyersbuhl - Metzeral et termine par les camps Dubarle - Mättle - Oder. Le jour suivant, il prend contact à Wesserling avec le général Serret commandant la 66ème division qui occupe une bonne partie du secteur et porte un grand intérêt aux moyens de transport : ravitaillement et munitions, en vivres, en habillement de la troupe, au sanitaire, avant d'attaquer les problèmes concernant la stratégie de défense du front confié à la division.
A partir d'octobre 1915 le général de Maud'Huy suit avec autant d'intérêt, les opérations du front de l'Hilsenfirst que celles du Vieil Armand. Il répartit les tâches entre généraux et officiers de son Etat-Major. Très rapidement il arriva à la conclusion que l'Hilsenfirst était en l'état actuel des opérations, la "position clé" qu'il ne fallait à aucun prix perdre. Aussi confia-t-il au général Roques de qui dépendait l'artillerie de l'armée des Vosges et des divisions rattachées à l'armée des Vosges, de procéder à dater du 18 octobre 1915 à : "une étude approfondie des arrières immédiats du front des montagnes des Vosges afin de choisir les positions stratégiques les plus efficaces pour implanter les éléments d'artillerie de tous calibres dans des emplacements le plus à l'abri des tirs allemands et offrant des possibilités de tirs les plus efficaces pour empêcher à l'ennemi toute progression".
Le 25 octobre ayant constaté que le secteur de l'Hilsenfirst, vu le tracé du front, était le plus vulnérable, il fallait tout mettre en oeuvre pour empêcher à l'ennemi toute progression dans ce site. Le général Roques et son Etat-Major exécutèrent dès le 16 octobre une étude topographique complète dudit secteur. Très rapidement, ils arrivèrent à la conclusion que, vu la topographie des lieux et les rideaux que constituent les mamelons proches de l'Hilsenfirst côté front français, il était possible à une artillerie de tous calibres de défendre simultanément le secteur tenu par nos troupes dans la vallée de la Fecht, Munster et alentours et surtout le secteur de l'Hilsenfirst. Ce projet reçut un accueil chaleureux du général de Maud'Huy qui, en compagnie du général Roques et deux de ses officiers supérieurs le présentèrent peu de jours après, au général de la division en place, au PC à Wesserling, et des officiers supérieurs de son artillerie. Ils trouvèrent tous ce projet génial et le 5 novembre le génie de la division et des éléments des régiments d'artillerie en place commencèrent les travaux. Vu la pluie de début novembre, l'activité militaire avait considérablement baissé.

G. La mise en place d'une cuirasse devant le front de l'Hilsenfirst

Nommé commandant en chef de l'armée des Vosges depuis août 1915, le général de Maud'Huy constate, que plus les semaines passaient plus il était satisfait de la décision qu'il avait prise avec son Etat-Major fin octobre, de doter l'Hilsenfirst en avant du front français d'une "CUIRASSE" afin d'empêcher par tous les moyens possibles les troupes allemandes :

  • de faire une percée dans ce secteur des Vosges ayant deux buts : couper le ravitaillement des unités françaises tenant le front de la vallée de la Fecht,
  • faire une percée dans le front tenu en montagne et le fonds de la vallée de Guebwiller tenu par nos unités.

Dans une note adressée à l'Etat-Major général des armées début novembre, il rappela que : Premièrement : L'Hilsenfirst faisant depuis mars 1915 l'objet d'attaques successives. Tantôt le sommet était tenu par l'ennemi, tantôt par les troupes françaises. Au début juillet 1915 le sommet était tenu par nos unités. L'ennemi tire partout : soit avec le canon, soit avec le feu de l'infanterie ; nos mitrailleuses le repoussent et l'artillerie renforce sérieusement ses tirs. Quelques jours après nos troupes sont contraintes d'abandonner le sommet et se replient en contrebas sur des positions confortables. Les attaques se poursuivent; nous tenons toujours. Puis du 17 au 27 septembre ils cherchent à enfoncer notre ligne de défense tenue par le 15/2. ils bombardent de plus en plus intensément nos lignes puis ils se servent de torpilles. Deuxièmement : Nommé en octobre commandant de l'armée des Vosges, il avait inspecté à partir du 10 le front du Vieil Armand à Metzeral. Il passa une journée entière avec les officiers supérieurs de son Etat Major à explorer le Langenfeldkopf et surtout l'Hilsenfirst. Huit jours après, avec la même équipe, il passa une nouvelle journée dans le même secteur. Le général de Maud'Huy et ses officiers supérieurs arrivèrent à la conclusion que "l'Hilsenfirst était la position clé qu'il ne fallait en aucun cas perdre" en l'état présent des opérations et persuadé que la ligne de défense actuelle était plus valable que celle du sommet, compte tenu de nombreux critères. Il décide, sauf contre ordre de l'Etat Major général des armées, de mettre en place une protection valable en toutes circonstances qu'il baptiserait "LA CUIRASSE". Il confierait l'étude au général Roques de qui dépendait toute l'artillerie de l'armée des Vosges et des différentes divisions rattachés à cette armée.
Le 15 novembre un officier supérieur de l'Etat-Major général des armées se rendit sur place avec le général de Maud'Huy et ses officiers supérieurs. Convaincu de la valeur de ce projet, l'officier supérieur remit un papier signé par le général en chef de l'Etat-Major général des armées qui autorisait la réalisation immédiate des travaux prévus par le chef de l'armée des Vosges. Et c'est ainsi que, malgré l'hiver et la neige, les positions stratégiques les plus valables s'étendant au Sud en contrebas du Langenfeldkopf aux crêtes partant de ce sommet en direction de la Fecht ainsi que de la crête de l'Hilsenfirst aboutissant vers la Fecht de Sondernach et de Landersbach furent choisies. Réalisées grâce au concours du génie et de divers détachements de l'armée des Vosges, les positions de l'artillerie lourde réservée aux canons de 155 longs tractés, aux canons de 220 courts et longs d'une batterie de 240 lourd furent réalisées et équipées d'abris pour la troupe, pour les munitions et le ravitaillement en vivres et munitions.

H. Activités au front

Du 2 au 14 novembre l'activité se réduit encore d'avantage, suite à des tempêtes de neige consécutives et à un vent continu. Le mauvais temps des 16 au 20 novembre n'empêche pas les Allemands d'effectuer des tirs intermittents de 77 et 105 depuis le Petit Ballon auxquels nos 75 ripostent depuis le Morfeld sur les ouvrages ennemis d'Hilsenfirst.
Les jours suivants (21 novembre au 6 décembre) aucune opération en raison de la tempête de vent et pluie qui continue. Les travaux, malgré le temps souvent très mauvais furent menés au mieux. Ainsi courant novembre les positions furent renforcées:

  • non seulement par une artillerie de montagne.
  • mais d'avantage encore par de l'artillerie lourde de tous calibres, rattachée directement à l'armée des Vosges et permettant ainsi de tenir le front de l'Hilsenfirst à tous prix grâce à la réalisation de cette "CUIRASSE". Dès la fin de novembre 1915 le dispositif était en place. Il devint très vite efficace suite à l'effort considérable fait depuis les arrières. A l'Hilsenfirst : le 22ème B.C.A. et le 62ème B.C.A. relèvent le 15/2 dans la nuit du 7 au 8 décembre ainsi que les compagnies mitrailleuses du régiment et de la brigade. Le 22ème B.C.A. et une compagnie de mitrailleuses s'installent à l'Hilsenfirst (2 compagnies). A l'arrière, le 9 décembre, la 47ème D.l. place en renforts du sous-secteur Hilsenfirst : Camp Vialet le 22ème B.T.C. et au refuge Hebrard : le 62ème B.T.C. Afin d'assurer un approvisionnement aussi conséquent que possible en victuailles, en habillement, en munitions de tous calibres, le Décauville amenait depuis Bussang ou depuis des dépôts secondaires tout l'approvisionnement possible au "Holzplatz", emplacement à partir duquel le ravitaillement du front était provisoirement assuré par des voitures-fourgons tractées par des mulets qui se déplaçaient par unités de dix, les deux voitures complémentaires transportant le foin et les aliments nourrissant les mulets et les conducteurs qui déchargeaient les matières transportées au pied de l'Hilsenfirst. Le câble reliant Holzplatz au terminus du Breitfirst n'entra, hélas en service qu'à partir du 5 février 1916, libérant ainsi les voitures fourgons qui furent délivrées de cette servitude et assurèrent, désormais, le ravitaillement des postes-abris à la proximité du front. Sur instructions du colonel Lançon, commandant la 5ème brigade, l'artillerie française pour marquer notre prise de position dans le secteur, a bombardé le 13 décembre 1915 l'ensemble des points clé occupés par l'ennemi.

Le 14 décembre l'ennemi a vivement réagi dans la région Sondernach, Heiden et Mättle dans la matinée par une quinzaine d'obus de gros calibre sur le Collet de l'Hilsenfirst. Dans la journée : activité d'artillerie :
de 14 à 15 h arrosage de la région : 664 et Metzeral Sud,
de 15 à 17 h violent bombardement de Mättle : tranchées arrosées par des "Minenwerfers", ce qui a causé dans les boyaux et tranchées des dégâts sensibles et coupé les lignes téléphoniques. Plus tard, dans la soirée, quelques obus de gros calibre sur Sondernach, bombardement de la région d'Heiden : un blockhaus s'effondre. Dans la région de Rossmatt, lancement de bombes qui s'arrête après l'intervention de notre artillerie.
Le 15 décembre lutte assez vive de grenades et d'engins de tranchées dans la région du kiosque 664. Journée et nuit calme sur le front Heiden -Meyersbuhl - Mättle. A l'Hilsenfirst notre canon de 58 a boulversé une tranchée allemande. L'artillerie ennemie a montré une certaine activité et tiré à plusieurs reprise sur les tranchées et ouvrages de l'Hilsenfirst, Langenfeldkopf et sur les voies de communication en arrière de ces points.
Le 16 décembre assez grande activité de l'artillerie allemande. De vigoureuse ripostes de notre part causent aux ouvrages ennemis de sérieux dégâts. Dans la matinée : bombardement de la crête, du kiosque 664 et de la région Langenfeldkopf, Bois de la Languette et surtout du Nord-Est de Mättle.
Le 17 décembre nous provoquons une lutte violente d'artillerie et d'engins de tranchées sur tout le front.
A 15 h sur ordre du commandant du secteur, tirs concentrés de 65, 75, 120, 155 et de nos canons de 58 sur les ouvrages boches N.E. de Mättle.
A 18 h violente action de nos engins de tranchées sur le secteur ennemi de l'Hilsenfirst.
Le 18 décembre à partir de 9 h notre artillerie lourde, essentiellement composée de 155 longs et de 220 courts et longs et de quelques batteries de 240 dont l'implantation a nécessité des travaux très conséquents par des unités spéciales du génie très entraînées par des réalisations exécutées dans le secteur Nord et celui de Verdun, lance en avant du front allemand de l'Hilsenfirst, c'est à dire exactement de l'emplacement appelé "CUIRASSE" toutes les demi-heures des salves d'une vingtaine d'obus. L'ennemi surpris par ces tirs riposte faiblement avec ses canons de calibre classique.
Du 19 au 25 décembre la pluie, la neige et le brouillard rendent le secteur relativement calme. On répare les dégâts. On entretient et révise le matériel. On dégage les pistes pour permettre au ravitaillement de tous ordres de nous parvenir.
Le 24 décembre de 14 à 18 h notre artillerie lourde remanifeste sa présence par des tirs sur la Cuirasse et par intermittence plus en arrière de l'Hilsenfirst. Après avoir, le matin même arrosé de 9 à 10 h 30 d'une cinquantaine d'obus de gros calibres le front allemand de la Fecht et celui voisin de Munster. Réplique très faible de l'artillerie ennemie.

NOEL 1915
Un tir de tranchée déclenché en fin d'après midi depuis certaines de nos tranchées de l'Hilsenfirst provoque une riposte assez violente du boche par de grosses torpilles et des obus fusants et percutants de divers calibres. Notre artillerie lourde fait taire l'ennemi en arrosant le secteur de la "CUIRASSE".
Les 26 et 27 décembre brouillard intense et neige, aucune opération n'est possible secteur Nord, mais heureuse attaque de nos troupes sur les parties de l'H.W.K. où se tient l'ennemi.
Le 28 décembre après un matin calme, mais très venteux, nous engageons de 14 à 16 h 20 une très violente lutte de tranchées sur l'ensemble du front de l'Hilsenfirst, appuyée par des tirs alternés de 15 minutes à 15 minutes de : 120 L -155 L - 220 C et puis de 65 et 75. Riposte d'une durée à peu près égale de minenwerfers boches et de leur artillerie qui prend violemment à partie nos batteries : sans résultats.
A18 h notre artillerie arrose pendant 60 minutes le front allemand de l'Hilsenfirst par des tirs alternatifs de 15 minutes avec des obus calibres 220 court et 220 longs et ensuite par nos obus de 240 lourds.

L'ENNEMI NE REAGIT PLUS.
Les 29 et 30 décembre très grande activité des deux artilleries. Un violent tir de torpilles ennemies endommage gravement notre tête de pont de Rossmatt. Nous ripostons alternativement par nos canons de 58 et de plus par des 220 courts et 220 longs.
Le 31 décembre à 12 h 30 nous déclenchons une action violente de nos canons à l'Hilsenfirst. La riposte allemande très violente et presque instantanée démonte un de nos mortiers et cause des dégâts matériels sensibles. Notre artillerie de tous calibres lourds, riposte de 21 h à 24 h aux tirs de l'artillerie lourde boche. Au Nord de l'Hilsenfirst les Allemands ont installé une "arbalète lance grenade" devant le poste de la Roche qu'ils sont, ainsi parvenus à atteindre. Nos canons de 155 L ripostent sérieusement de 23 h à 24 h atteignant grâce à une suite de fusées éclairantes, l'emplacement exact de "l'arbalète" qui ne se manifestera plus jamais.

NOTRE ARTILLERIE LOURDE
L'artillerie lourde faisant directement partie de l'armée des Vosges, chargée de la défense de la Cuirasse de l'Hilsenfirst était commandée par le lieutenant-colonel Guillaume. Il disposait en décembre 1916 de 4700 obus et 40 pièces.
Le lieutenant colonel avait sous ses ordres :

  • 3 capitaines dont son adjoint,
  • 5 lieutenants et 2 sous-lieutenants
  • 420 artilleurs (cuisiniers et hommes de service compris),
  • sans compter le personnel chargé du ravitaillement en munitions et autres,
  • une compagnie du 23ème génie commandée par le capitaine Longueville s'occupant de la finition des abris taillés la plupart dans le roc pour loger : officiers, sous-officiers et artilleurs,
  • deux salles et cuisine taillées dans le roc servant de restaurant et lieu de détente sans oublier : les cuisines, le local pour stocker boissons et ravitaillement,
  • et enfin le centre téléphonique et télégraphique pour les ordres à donner et les liaisons avec l'intendance, les arrières (munitions), l'Etat-Major et les unités tenant le front. Les munitions étaient stockées dans des abris taillés la plupart dans le roc et à proximité des batteries.

L'ARTILLERIE ENNEMIE N'A PAS CAUSE DE DEGATS CONSÉQUENTS AU GROUPE D'ARTILLERIE LOURDE CHARGE SPECIALEMENT DE LA DEFENSES DE LA CUIRASSE.

DISPOSITIONS PRISES POUR LES QUARTIERS D'HIVER A PARTIR DU 1er JANVIER 1916
L'activité militaire étant présumée plus réduite, deux groupes furent constitués:

1°) Mittlach (Vallée de la Fecht)
P.C. Cote 700

  • Metzeral : 23ème B.C.A.
  • Heiden - Meyersbuhl : Camp Dubarle : 63ème B.C.A.
  • Mättle-Oder : 62ème B.C.A 1/2

2°) Hilsenfirst
P.C. Camp Sermet

  • Hilsenfirst, Camp Viallet : 22ème B.C.A.
  • Langenfeldkopf, Refuge Hebrard : 62ème B.C.A. 1/2

En réserve :
a) La compagnie de skieurs avec :
1 peloton : cote 1210
1 peloton : au Breitfirst
2 sections de skieurs ont subi un entraînement courant décembre 1915, pour exécuter, à partir de janvier 1916 des missions spéciales au Camp Sermet.
b) les éléments de la 5ème brigade :
22ème, 23ème, 62ème et 63ème B.C.A.
c) les éléments rattachés :
53ème B.C.A. et 5ème B.T.C.A.

MISSIONS SPÉCIALES POUR DEUX SECTIONS DE LA COMPAGNIE DE SKIEURS
La première section, après avoir subi un entraînement spécial fut affectée à l'escorte de la "Section d'Equipage Canin de l'Alaska" ravitaillant à partir du 7 janvier 1916 avec traîneaux l'Hilsenfirst, et placée sous les ordres du Lt. Mallet. La deuxième section, entraînée à son tour, prenait tous les 15 jours et pour deux semaines le relais de la première section. La 66ème D.l. qui occupait le secteur depuis le 26 avril 1915 fut relevée en mars 1916 par la 47ème D.l. - La 6ème brigade des chasseurs très expérimentée dans le secteur fut maintenue sur place et affectée à la 47ème D.l. jusqu'en juin, date à laquelle elle fut relevée par la 4ème brigade.

RAVITAILLEMENT ET ACTIVITES DANS LE SECTEUR
Les premiers jours de l'année furent caractérisés par un approvisionnement copieux et rapide en munitions de tous calibres et un effort particulier réalisé par l'intendance pour assurer un ravitaillement substantiel et copieux en vivres et viandes dont l'acheminement vers les premières lignes était devenu très difficile et lent par suite des intempéries et des importantes chutes de neige. La date du 7 janvier 1916 restera longtemps gravée dans la mémoire des soldats de toutes les unités en poste à l'Hilsenfirst, Langenfeldkopf, Mättle, Camp Sermet et autres positions de l'arrière immédiat. Une section d'équipage canin de l'Alaska était, à partir de ce jour-là mise à la disposition du cdt du secteur : Breitfirst - Hilsenfirst pour les ravitaillements avec traîneaux et escorte d'une section de skieurs. Cette unité était composée de : 50 hommes, 205 chiens avec attelages et traîneaux placés sous les ordres du lieutenant Mallet détaché du 120ème bataillon des Chasseurs. Elle rendit, par la suite, des services immenses assurant tous ravitaillements en vivres et munitions par tous les temps, sans oublier l'évacuation des blessés. Après un calme relatif, le 18 janvier dans l'après-midi, l'ennemi procède à des tirs très violents sur nos voies de communications et nos installations de Breitfirst. Environ 800 obus sont tombés nous causant que des dommages très légers et ne faisant ni morts ni blessés. L'arrivée du câble à Hahnenbrunnen devait être le principal objectif. En riposte, notre artillerie de tous calibres a exécuté des tirs très précis non seulement sur la CUIRASSE mais en plus sur tous les noeuds de communications de la vallée de la Lauch, secteur occupé par les Allemands. Un important échange d'obus à l'Hilsenfirst, au Langenfeldkopf, Mättle, Landersbach, s'est poursuivi jusqu'à la tombée de la nuit. Depuis la mise en service du câble et le ravitaillement par traîneaux, nos unités étaient mieux pourvues de munitions, ce qui a permis de rendre particulièrement efficace la mémorable action du 27 janvier 1916. Nos tirs de destruction sur : Mättle, Landersbach et Hilsenfirst surtout, ont été effectués simultanément par l'artillerie de campagne, l'artillerie du secteur sans oublier les canons de 58 et les mitrailleuses. Le tout étant coiffé par intermittences, des tirs de nos 155 longs des canons tirant des obus à calibres 220 courts ou à 220 longs sans oublier nos canons de 240 lourds qui ont laissé des traces mémorables. Le service de renseignements, mieux équipé également depuis février 1916 : poste microphoniques entre autres, a permis, à partir de cette date, de disposer de renseignements de plus en plus précis, prouvant, notamment sur l'Hilsenfirst, que l'ennemi était désormais sérieusement éprouvé.
Le RC. de l'Hilsenfirst implanté au camp Viallet subdivisa notre front de l'Hilsenfirst en trois sous-secteurs :

  • au Nord : le Bois en Brosse,
  • au Centre : La Courtine - Epaulette,
  • au Sud : Le Sommet.

Les relèves de troupe se firent régulièrement. A partir d'octobre l'Etat-Major jugeant que la monotonie de l'activité ennemie semblait être le prélude à une attaque allemande, décida la réalisation d'un coup de main d'envergure. Sa préparation fut confiée au 348ème R.l. en collaboration avec le groupe franc divisionnaire et un groupe de la 3ème compagnie de skieurs mené par l'Alsacien Carre, chasseur très habile expérimenté, courageux et parlant bien l'allemand.
Elle était prévue entre le 20 et le 30 novembre 1916.

COUP DE MAIN SUR L'HILSENFIRST

EXECUTE LE 24 NOVEMBRE 1916 PAR LE 348ÈME R.l.
Depuis le 22 novembre 1916 à la tombée de la nuit notre artillerie de campagne et nos mitrailleuses exécutent des tirs systématiques sur les organes de flanquement ennemis. Tirs de diversion du 58 T sur le Bois en Brosse en adoptant autant que possible les mêmes dispositions pour laisser l'ennemi dans l'indécision sur le point choisi de l'exécution au cas où il aurait éventé le "coup de main". Pendant la nuit qui précède l'opération, tirs de mitrailleuses pour empêcher l'ennemi de réparer ses réseaux tant sur l'Hilsenfirst que sur le Bois en Brosse. Au jour et heure choisis, reprise de tirs de diversion sur le Bois en Brosse, avec le 58 T et le 90 et sur le fortin de Rimbuhl (90). Déclenchement quasi simultané par l'artillerie lourde, protégeant habituellement la "Cuirasse" de tirs d'encerclement dans la "zone battue" à l'arrière des positions ennemies de l'Hilsenfirst depuis les ouvrages du mamelon Nord jusqu'à l'arrière de la zone devant être explorée le jour "J" par le groupe franc du 348ème R.l. 5ème Btn, assisté des sapeurs du génie, des pionniers du régiment : porteurs d'explosifs ainsi que de quelques chasseurs de la 3ème cie de skieurs. Entrée en action éventuelle des canons de 37 contre les batteries ennemies qui se manifesteraient.

EXECUTION
L'opération préparée le 22 novembre 1916 devait avoir lieu le 23.
Les pièces d'artillerie n'ayant pu être amenées à temps pour leur réglage en vue du tir d'encerclement, l'affaire fut remise au 24.

LA PATROUILLE D'ATTAQUE SE COMPOSAIT DE :

  • un sous-officier et 5 soldats du 348ème + 3 soldats de la 3ème cie de skieurs + 5 soldats du groupe franc divisionnaire,
  • une autre fraction commandée par le sous lieutenant Serain avec 11 patrouilleurs du groupe franc divisionnaire de soutien.

Avec cette fraction se trouvaient les 3 sapeurs du génie ainsi que trois pionniers du 348ème : porteurs d'explosifs et de planches de cheddite. Une flanc-garde composée d'hommes du groupe francs divisionnaire au nombre de 24 commandés par le lieutenant Garrien du 14ème chasseur à cheval, chef du détachement, renforçait les 3 fractions. Ces différentes fractions (ci-dessus énumérées) sortent des tranchées à 5 heures et vont prendre les emplacements à droite dans les réseaux tenus par le 348ème.
A 5 h 35 (heure convenue) déclenchement du tir d'encerclement de notre artillerie.
5 h 45 tirs de l'artillerie lourde sur mitrailleuses et Rimbuhl et tirs de contre-batteries.
6 h bonds du groupe franc (A + B) dans la brèche où il n'existe plus aucun obstacle.

  • irruption dans la tranchée et exécution du "coup de main",
  • allongement du tir des 58 T.

DETAIL DU COUP DE MAIN
Au moment du bond, la fraction A traverse la brèche et se dirige vers l'abri D où ne se trouve personne. Elle pousse plus loin dans le boyau où un rapide combat s'engage : un Allemand est tué, quatre autres sont faits prisonniers. La fraction B suit de près la fraction A, se dirige vers l'abri F et détache vers la droite quelques hommes pour fouiller le terrain. Le chasseur skieur Carre, Alsacien très habile, s'engage dans la porte de l'abri et aperçoit des Allemands dans l'escalier. Il leur crie en allemand "sortez vite" et onze Allemands dont un sous-officier sortent et sont faits prisonniers. L'abri F est ensuite fouillé par Carre qui s'assure qu'il n'y a personne. Ces 11 prisonniers sont ramenés dans nos lignes, ils appartiennent au 5ème régiment de Uhlans de Saxe. Tout le groupe des patrouilleurs rentre au complet.
A 6 h 25 lancement de la fusée verte indiquant que le groupe est rentré dans nos lignes. Le P.C. de l'artillerie lourde en est avisé par téléphone.
A 6 h 40 l'artillerie lourde, pendant 15 minutes, procède à nouveau à un tir de 155 long et de 220 long sur l'ensemble de la "zone arrière battue" par des tirs d'encerclement de fin d'opération.

LES QUATRE COUPS DE MAIN DU 6 DECEMBRE 1916
Compte tenu des résultats obtenus le 24 novembre, l'Etat Major décide de procéder à un deuxième "coup de main" sur l'ensemble de la zone explorée par quatre patrouilles d'attaques opérant chacune dans un sous-secteur de la zone explorée afin de ramener le maximum possible de prisonniers. Après un entraînement à l'arrière des premières lignes pendant 6 jours des soldats devant constituer ces patrouilles et comprenant, bien entendu, ceux ayant pris part à la première opération, chaque patrouille devra entrer en action dans un secteur nettement défini.
Fixés au 6 décembre, ces coups de main exécutés par quatre patrouilles d'attaque comportant à peu près, chacune, la même composition que la première, à l'exception des soldats du 348ème R.l. avec un effectif par groupes de 12 soldats conduits par un sous-officier. Quittant les tranchées à 5 h, heure à laquelle l'artillerie lourde déclenche un tir de 10 minutes sur le secteur "Cuirasse", allonge ensuite ses tirs sur la zone battue pour procéder à des tirs d'encerclements prolongés, nos détachements se mettent en route. Les soldats allemands se retranchent tous dans leurs abris, ne laissant en première ligne qu'un effectif très réduit. Chacune des quatre patrouilles d'attaque se dirige vers l'objectif fixé. Elles arrivent à atteindre relativement vite les emplacements assignés a proximité de la brèche.
A 5 h 35 (heure convenue) déclenchement du tir d'encerclement par notre artillerie de campagne.

PREMIERE ETAPE
Chaque groupe fait un bond dans la brèche dépourvue heureusement de tout obstacle. Irruption dans la tranchée et exécution du "coup de main". Les abris sont : soit vides soit occupés par une ou deux sentinelles qui se livrent sans se battre.
DEUXIEME ETAPE
Irruption dans le boyau. Le combat, à peine engagé, l'ennemi se rend.
TROISIEME ETAPE
Forcer la porte des abris de l'arrière. C'est là que le chasseur skieur Carre, Alsacien très habile, qui, pendant la période d'entraînement a formé d'autres collègues qui procèdent à l'appel en allemand, comme lui, : "sortez vite" nous ne vous ferons aucun mal. Le coup réussit dans chaque abri. Et c'est finalement : 192 prisonniers (officiers, sous-officiers et hommes de troupe) que nos 4 patrouilles ramènent dans nos lignes. Le P.C. arrière de l'artillerie en est informé. L'artillerie lourde, rapidement avisée, tire encore pendant 5 minutes sur la zone arrière battue, puis autant sur la cuirasse et se tait. Après ce deuxième succès l'Etat-Major décide de fortifier nos lignes afin d'éviter toute tentative d'une riposte allemande. Les jours suivants l'activité habituelle reprend dans ce secteur de part et d'autre du front. Elle consiste, comme par le passé, chaque jour essentiellement à un duel d'artillerie, de mitrailleuses, de lancements de grenades et coups de fusil ou carabines. Il en sera ainsi jusqu'à l'armistice du 11 novembre 1918. Toutes les divisions qui se succédèrent dans la zone de l'Hilsenfirst avec leurs brigades procédèrent de façon identique. L'action ennemie faiblissait de plus en plus, convaincu à présent qu'il était impossible de percer la CUIRASSE. Depuis la mise en service du câble et le ravitaillement par traineaux, nos unités étaient davantage pourvues de munitions, ce qui a permis de rendre particulièrement efficace l'action du 27 janvier. Nos tirs de destruction sur Mättle, Landersbach, Hilsenfirst ont été effectués simultanément par l'artillerie de campagne et l'artillerie du secteur sans oublier les canons de 58 et les mitrailleuses. Nos deux coups de main exécutés sur l'Hilsenfirst le 24 novembre et le 6 décembre ont mis en exergue les qualités: des hommes du 348ème R.l. du groupe franc divisionnaire et surtout des chasseurs de la 3ème cie de skieurs conduits par l'habile Carre. Le service de renseignements mieux équipé aussi (postes d'écoutes microphoniques entre autres) a permis, à partir de cette date, de disposer de renseignements précis prouvant notamment sur l'Hilsenfirst que l'ennemi était désormais sérieusement éprouvé.

IL EN SERA AINSI, DESORMAIS, JUSQU'AU 11 NOVEMBRE 1918 DE LA " CUIRASSE DE L'HILSENFIRST'
INVULNERABLE GRACE A UNE PUISSANTE ARTILLERIE LOURDE, STRATEGIQUEMENT BIEN IMPLANTEE ET TOPOGRAPHIQUEMENT SAVAMMENT PLACEE, QUE LES ALLEMANDS, MALGRE TOUS LEURS EFFORTS, NE SERONT JAMAIS ARRIVES A PERCER.