Chasseurs Alpins 13e BCA

Extrait de Chasseurs Alpins 13e BCA, FINAS Marius, 13e BCA.

Remerciement Louis S.

COMBATS DE L'HILSENFIRST
Du 14 au 22 juin 1915
En corrélation avec les attaques sur Metzeral et Sondernach par la 47e division.

14 juin. En vue des prochaines attaques, le 13e effectue une marche d'approche jusqu'à Oberlauchen et camp Vialet où il complète son approvisionnement en munitions.
Pendant ce temps, le 7e BCA, sur l'aile gauche de notre prochain secteur d'attaque, commence les opérations sur le ravin de Langenfeld; mais, il a échoué en partie et la compagnie Manhès se trouvant cernée dans une clairière en avant des lignes, les 1e et 2e compagnies du 13e (capitaine Gillon et lieutenant France) sont aussitôt envoyées en renfort au 7e pour prévenir toute aggravation possible.

Prise de l'Hilsenfirst le 15 juin 1915.
L'objectif assigné du 13e est l'Hilsenfirst et son sommet ; l'attaque qui tout d'abord devait avoir lieu à 9 heures a été reportée à 15 h 15.
Voici un extrait de l'ordre d'opérations donné par le chef de bataillon Ripert d'Alauzier à ses commandants de compagnies.

Camp Vialet, 15 juin.

L'attaque sur l'Hilsenfirst aura lieu vraisemblablement vers 9 heures après un marmitage d'artillerie ; elle sera menée :
1) Par la 3e compagnie (lieutenant Giffard-Quillon) qui se portera par le terrain découvert sur l'ouvrage du sommet.
2) Par la 4e compagnie (lieutenant Rostaing) qui, à gauche de la 3e, prendra comme direction la tranchée en U.
3) Par la 5e compagnie (capitaine Engel) qui, à la gauche de la 4e compagnie, se dirigera vers les Epaulettes, en passant au sommet du ravin de Wustenrunz, et cherchera la liaison avec la compagnie Manhès du 7e (la compagnie encerclée par les Allemands.
4) Par la 6e compagnie (lieutenant Micheneau) qui se portera derrière la 5e, prête à exploiter le succès de cette dernière et en se rabattant vers le Bois en Brosse.

Les commandants des 5e et 6e compagnies voudront bien étudier dès maintenant avec leurs officiers la manœuvre à exécuter dans le sens indiqué plus haut et reconnaître le terrain de leur progression :
a) De l'observatoire d'artillerie.
b) De l'emplacement actuel des 3e et 4e compagnies d'où partira vraisemblablement leur attaque.

L'Hilsenfirst, situé au sud de Sondernach, altitude 1300 mètres, constitue un sommet dénudé, solidement fortifié, ceinturé de tranchées, avec quelques bons abris souterrains.
L'accès en est rendu difficile et pratiquement impossible de jour, sauf à leurs risques et périls pour des isolés, parce que les abords sont pris en enfilade par les mitrailleuses.
A 15 h 15, tout est prêt et tout se déclenche : malgré les obstacles, malgré les barrages d'artillerie et surtout des mitrailleuses qui causent beaucoup de pertes aux 3e et 4e compagnies, dans une attaque-éclair menée avec brio, le sommet est complètement et rapidement enlevé.
Vive et rapide est la réaction de l'ennemi : bombardements écrasants, coupés de contre-attaques toutes repoussées, s'abattent sur le sommet : c'est et ce sera une débauche de 77, 130, 150 et aussi des terribles 210, des dizaines d'heures durant.
Pendant cinq jours de petites attaques locales sont encore faites pour améliorer ou rectifier nos lignes par endroits, mais la vie sur ce piton est extrêmement dure et exténuante ; les éclatements d'obus de tous calibres provoquent un grondement de tonnerre continu qui tend les nerfs à leur paroxysme ; on est littéralement envahi de fumées et de poussières et surtout, il fait très chaud et…. Il n'y a pas d'eau. Néanmoins, dans les tranchées, les chasseurs pliés sous le bombardement, mais l'œil aux aguets, tiennent bon. Au soir de l'une de ces journées harassantes, le capitaine commandant la position confie au sergent-major la mission d'aller, coûte que coûte, chercher et ramener de l'eau au cours de la nuit.
Le sergent-major descend donc et parvient à rassembler quelques mulets et leurs muletiers autour du point d'eau, de l'autre côté du ravin. Tout va bien, les tonnelets sont hissés en cacolet sur le dos des mulets ; mais à peine le chargement est-il arrivé que des sifflements se font entendre, suivis immédiatement de plusieurs rafales de 77 qui s'abattent dans tout le secteur de la source. Les mulets se cabrant s'échappent dans toutes les directions et il est impossible aux hommes de les retenir. Péniblement quatre mulets peuvent être ramenés de suite tandis qu'un chasseur a été tué. Maintenant il faut se hâter pour arriver avant la pointe du jour au sommet de l'Hilsenfirst.
La petite colonne se met en route et parvenant sans incident au débouché de la première tranchée, le sergent-major est heureux d'annoncer aux premiers chasseurs qui se trouvaient là l'arrivée, à défaut de pinard, d'une bonne ration d'eau… Mais aucun ne répond… Ils restent muets… Sont-ils endormis ? Hélas non ! Ils étaient morts, tués à leur poste par le bombardement.
La précieuse cargaison, rapidement déchargée, mulets et muletiers sont renvoyés aussitôt pour profiter encore de la pénombre.
Enfin, malgré les violents efforts de l'ennemi, tant en bombardements massifs qu'en furieuses contre-attaques, la possession de l'Hilsenfirst, dont la défense est entre les mains du capitaine de la Goutte, paraît bien définitivement assurée. Il faut alors penser à délivrer les cent-quarante camarades du 7e qui nous attendent impatiemment, car, de leur clairière, ils nous ont vus, ils ont suivi des yeux le 13e montant fougueusement à l'assaut de l'Hilsenfirst; plus que jamais ils ont confiance, ils savent qu'on ne les abandonnera pas et que ce n'est plus qu'une question de quelques heures pour tenter de les délivrer.
En effet, une compagnie de volontaires est formée sous les ordres du capitaine Regaud, du 13e, comprenant un peloton de chasseurs du 13e et un du 7e. Et le 17 juin, à 18 heures, après un bombardement qui, cette fois, s'est révélé très précis, les chasseurs du capitaine Regaud foncent, et dans un bond de lévriers brisent la ceinture ennemie et délivrent la compagnie Manhès, tandis que soixante prisonniers et un abondant matériel tombent entre leurs mains.
Il était temps, car, isolés depuis trois jours et trois nuits, les vivres et les munitions commençaient à manquer et déjà les chasseurs avaient utilisé comme armes les énormes pierres qu'ils avaient fait dévaler sur l'ennemi le long des pentes abruptes.
En récompense et en souvenir de cet exploit, le capitaine Regaud reçoit la croix de la Légion d'Honneur et la compagnie de chasseurs volontaires est citée à l'ordre de l'armée.

Ordre général n° 26 du 5 juillet 1915, de la VIIe Armée.

Citation de la compagnie de chasseurs volontaires ayant délivré la compagnie Manhès, le 18 juin, à l'Hilsenfirst.

La compagnie de chasseurs volontaires (un peloton du 7e et un peloton du 13e BCA) sous le commandement du capitaine Regaud, du 13e bataillon de chasseurs alpins ;
Compagnie d'élite, ayant reçu l'ordre de se porter au secours d'une compagnie cernée depuis trois jours par l'ennemi, a rempli sa mission avec enthousiasme et l'a pleinement réussie, grâce à la vigueur, à l'ordre et à la rapidité de son attaque ; après avoir crevé les lignes ennemies, dégagé ses camarades et fait plus de soixante prisonniers, a élargi son succès et s'est organisée avec ardeur sur le terrain conquis.

De son côté, le commandant du bataillon est heureux de porter ces ordres à la connaissance des officiers, gradés et chasseurs du 13e, et il ajoute :

Vous ne sauriez oublier que le capitaine Manhès a appartenu au 13e bataillon où il a puisé les exemples d'énergie et d'honneur militaire qui l'ont inspiré dans des circonstances difficiles.

Enfin le commandant Rippert d'Alauzier, associe à ce glorieux fait d'armes le souvenir des gradés et chasseurs de la compagnie Regaud dont l'élan vigoureux et discipliné a brisé la résistance de l'ennemi et assuré la délivrance des camarades du 7e bataillon.
Et il termine :

Le commandant est fier de commander le glorieux 13e. Il espère que tous ses chasseurs auront à cœur d'ajouter encore aux pages magnifiques écrites par le bataillon au Livre d'or de l'histoire militaire de la France.

De plus, la 2e compagnie, déjà surnommée élogieusement La Belle Deux était encore citée en ces termes :

En attendant les récompenses individuelles que le commandant va demander pour son chef et ses vaillants chasseurs, le chef de bataillon Rippert d'Alauzier, commandant le 13e bataillon de chasseurs alpins, cite pour la deuxième fois à l'ordre du bataillon, la 2e compagnie qui :

Sous la conduite de son chef, le lieutenant France, après avoir mené le 14 juin, une charge vigoureuse pour donner la main à une unité d'un bataillon voisin menacé d'encerclement, s'est lancée le lendemain à l'attaque d'une crête puissamment fortifiée, s'en est emparée et s'y est maintenue. Puis, deux jours après, a contribué par sa progression de l'autre côté d'un ravin considéré jusqu'ici comme infranchissable, à chasser les Allemands d'un bois où ils s'étaient fortement organisés ; enfin, le surlendemain, a encore puisé dans l'exaltation de ses vertus militaires, l'énergie nécessaire pour conduire une quatrième attaque avec une de ses sections et provoquer chez les Allemands le sentiment indiscutable de notre supériorité morale.

Pertes. Les opérations de l'Hilsenfirst ont été durement ressenties car elles ont enlevé au 13e de belles figures de héros. Cinq officiers tués : dont le capitaine Viallet, très estimé de tout le bataillon, le lieutenant Micheneau, les sous-lieutenants de Lestranges, Gerbier, Thévenin ; plusieurs officiers blessés, dont le capitaine Rémy qui sera amputé, le lieutenant Degravel, et enfin au total environ deux-cent-cinquante sous-officiers, caporaux et chasseurs tués ou blessés.
La 6e compagnie est particulièrement affectée par la perte du lieutenant Micheneau qui commandait provisoirement la compagnie, blessé mortellement au moment où, pour accéder plus rapidement au P.C. du secteur, au mépris du danger, il emprunte le talus de la tranchée embouteillée à la suite du bombardement. Transporté immédiatement au P.S. de l'Hilsenfirst, il meurt quelques instants après, unanimement regretté.

En dehors de ses tués et blessés, la 6e compagnie a un disparu : le chasseur Montagnat.

On se perdait en conjectures sur la disparition de ce chasseur qui était cuisinier de la 6e compagnie, mais un mois plus tard l'énigme s'est éclaircie à la suite d'une lettre reçue par le sergent-major de la compagnie.

Voici la lettre de ce brave qui témoigne du dévouement des hommes chargés des corvées de ravitaillement, corvées qui doivent se faire par tous les temps, par n'importe quelle situation et qui les obligent à traverser les zones battues par les bombardements et les mitrailleuses, pour porter jusqu'aux combattants de première ligne ce qui peut encore rester d'une maigre pitance.

Freiburg, le 28 juin 1915.
Bien cher ami,
Je voulais déjà te faire passer deux lignes plus tôt, mais je ne l'ai pu ; aujourd'hui, je vais un peu mieux et je m'y empresse. Tu sais que je faisais la soupe et qu'on était obligé de la porter le soir, on s'en voyait pas mal ; eh bien, le dernier soir, les copains ne m'ont pas attendu et moi, tout seul, j'ai passé tout près d'une tranchée ennemie, sans le savoir. Ca leur a permis de m'envoyer une balle dans la figure et une autre à la cuisse et de m'emmener chez eux. Je t'assure que j'ai bien souffert. Maintenant que nous sommes à Freiburg, ça va mieux. Tu donneras le bonjour de ma part à Tabutin, qui faisait le cuisinier le la première section, et aussi à Boursier, le tampon du major, et à tous les vieux. Si tu avais des lettres, tu pourrais me les envoyer, voici mon adresse :

Montagnat Pierre, 13e chasseurs, en traitement. Réserve de Lazaret Centrale de Freiburg-sous-Breisgau, Allemagne.

Ton vieil ami qui te remercie d'avance : MONTAGNAT.

23 – 24 juin. Le bataillon est relevé et va camper dans les bois de Platzerwasel ; là, on espère se restaurer un peu, les cuisines préparant une soupe chaude ; mais les fumées attirent l'attention des boches qui nous servent à la place un confortable bombardement qui nous cause quelques pertes…/…